poeme d'amour et parole de chanson

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samedi, octobre 16 2010

Vingt poèmes d'amour, une chanson désespérée, Pablo Neruda

LA CENTAINE D'AMOUR

(Il a écrit ces 100 « sonnets de bois » à son grand amour, sa dernière femme Matilde Urrutia.)

Matilde Urrutia (extraits)

Au sein de la terre, j'écarterai
les émeraudes pour t'apercevoir
et toi d'une plume d'eau messagère
tu seras en train de copier l'épi.

Quel univers ! Quel stimulant persil !
Quel navire voguant sur la douceur !
Et toi peut-être et moi aussi topaze !
Toutes ensemble sonneront les cloches.

Il ne restera plus que tout l'air libre
avec la pomme emportée par le vent,
dans la ramée le livre succulent,

et au lieu où respirent les oeillets
nous fonderons un habit qui supporte
l'éternité d'un baiser victorieux.



Pablo


Tu arrives du Sud avec ses maisons pauvres,
dures régions du froid, du tremblement de terre
qui, même quand leurs dieux roulèrent dans la mort
ont donné la leçon de la vie dans la glaise.

Tu es un poulain de glaise noire, un baiser
de boue sombre, amour, coquelicot de glaise,
ramier du crépuscule éployé sur les routes,
tirelire à chagrin de notre pauvre enfance.

Fille, tu as conservé ton coeur de pauvresse
et tes pieds de pauvresse habitués aux cailloux,
ta bouche qui n'eut pas toujours du pain ou délice.


Tu es du pauvre Sud, d'où est venue mon âme;
dans ton ciel ta mère lave toujours du linge
avec la mienne. Amie ainsi je t'ai choisie.


Pablo

Parmi les étoiles admirées, mouillées
Par des fleuves différents et par la rosée,
J'ai seulement choisi l'étoile que j'aimais
et depuis ce temps-là je dors avec la nuit.


Parmi les vagues, une vague, une autre vague,
vague de verte mer, branche verte, froid vert,
j'ai seulement choisi l'unique et seule vague
et c'est la vague indivisible de ton corps.


Vers moi toutes les gouttes toutes les racines
et tous les fils de la lumière sont venus.


Je n'ai voulu que ta chevelure pour moi.
Et de toutes les offrandes de la patrie
Je n'ai choisi que celle de ton coeur sage.


Pablo


Matin


J'ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche,
sans manger je vais par les rues, et je me tais,
sans le soutien du pain, et dès l'aube hors de moi
je cherche dans le jour la bruit d'eau de tes pas.


Je suis affamé de ton rire de cascade,
et de tes mains couleur de grenier furieux,
oui, j'ai faim de la pâle pierre de tes ongles,
je veux manger ta peau comme une amande intacte,


et le rayon détruit au feu de ta beauté,
je veux manger le nez maître du fier visage,
Je veux manger l'ombre fugace de tes cils,


J'ai faim, je vais, je viens, flairant le crépuscule
et je te cherche, et je cherche ton coeur brûlant
comme un puma dans le désert de Quitratùe.


Pablo


Midi


Ondine tu es fille de la mer, ton corps
est d'eau pure, ô cousine de l'origan,
et ton sang cuisinière, est de terre vivante,
terrestres et fleuries, voilà tes habitudes.


Tes yeux regardent l'eau, et soulèvent les vagues,
tes mains vont vers la terre, en y lâchant les graines,
l'eau et la terre où sont tes domaines profonds
se sont unies en toi par la loi de l'argile.


Naïade, ton corps fend la turquoise marine
et bientôt resurgi fleurit dans la cuisine
c'est ta façon à toi d'assumer ce qui est


Avant de t'endormir encerclée de mes bras
qui, pour que tu reposes, écartent de ta nuit
herbe, légumes, algues, écume de tes songes


Pablo



Nuit


Aimée, unis ton coeur au mien pendant la nuit :
que dans notre sommeil ils dissipent l'obscur
comme un double tambour combattant dans le bois
contre l'épais rempart du feuillage mouillé.


Nocturne traversée, sommeil aux braises noires
interceptant le fil des raisins de la terre
ainsi qu'un train absurde en sa ponctualité
et sans cesse traînant l'ombre et les pierres froides.


Mon amour, relie-moi à ce mouvement pur,
cette ténacité qui frappe en ta poitrine
comme un cygne englouti et dont battent les ailes.


Qu'à l'interrogation du ciel et des étoiles
réponde le sommeil avec sa seul clé,
avec sa porte unique et que l'ombre a fermée.


Pablo

MEMORIAL DE L' ÎLE NOIRE II
Le lune dans le labyrinthe1964 (extraits)

LA POÉSIE

Et ce fut à cet âge... La poésie
vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d'où elle surgit, de l'hiver ou du fleuve.
Je ne sais ni comment ni quand,
non, ce n'étaient pas des voix, ce n'étaient pas
des mots, ni le silence :
d'une rue elle me hélait,
des branches de la nuit,
soudain parmi les autres,
parmi des feux violents
ou dans le retour solitaire,
sans visage elle était là
et me touchait.
Je ne savais que dire, ma bouche
ne savait pas
nommer,
mes yeux étaient aveugles,
et quelque chose cognait dans mon âme,
fièvre ou ailes perdues,
je me formai seul peu à peu,
déchiffrant
cette brûlure,
et j'écrivis la première ligne confuse,
confuse, sans corps, pure
ânerie,
pur savoir
de celui-là qui ne sait rien,
et je vis tout à coup
le ciel
égrené
et ouvert,
des planètes,
des plantations vibrantes,
l'ombre perforée,
criblée
de flèches, de feu et de fleurs,
la nuit qui roule et qui écrase, l'univers.
Et moi, infime créature,
grisé par le grand vide
constellé,
à l'instar, à l'image
du mystère,
je me sentis pure partie
de l'abîme,
je roulai avec les étoiles,
mon coeur se dénoua dans le vent.


(Mémorial de l'île Noire, 1964) Le lune dans le labyrinthe

JE t'ai RÊVER un SOIR...

Femme, songe où fusionnent toutes mes fictions,
tu as vibré comme réelle dans mes nerfs;
pleurant dans mes sentiers de l'illusion perdue,
j'ai senti m'effleure ta beauté inconnue.


En flétrissant mes rêves et mes folles chimères
je t'ai forgée à brides de ciel et de chair,
comme une résurgence ou pareille au printemps
dans la forêt de tant d'aberrants idéaux...


Ta chair divine et parfumée, je l'ai rêvée
au milieu des tourments morbides de mon être;
et bien que floue, je sais, Aimée, comment tu es,
fiction faite réalité en chair de femme...


Je te cherche dans les yeux de toutes les femmes,
je te cherche et jamais n'ai pu te rencontrer.
Dans ma désillusion s'abrite l'illusion
que tu es ou seras plus belle qu'aucune autre.


Mes rêves te voudront éternellement mienne,
jaillissant de la nuit de toutes mes tristesses,
germe de joies étranges qui aviveront
la flamme que répand ta beauté inconnue.


(MEMORIAL DE L' ÎLE NOIRE II. Le lune dans le labyrinthe)


L' OPIUM À L' EST


Déjà de Singapour on reniflait l'opium.
Le brave Anglais savait ce qu'il faisait.
A Genève il tonitruait
contre les marchands clandestins
mais chaque port, aux Colonies,
crachait son relent de fumée autorisée
par un chiffre officiel et quelque congé lucratif.
A Londres le gentleman assermenté
portant un impeccable habit de rossignol
(pantalon à rayures et amidon d'armure)
trillait contre le vendeur d'ombres,
mais ici en Orient
le masque s'abattait
et on vendait la léthargie à chaque coin de rue.


Je voulu savoir. J'entrai. Chaque estrade
avait son gisant,
nul ne parlait, nul ne riait, je crus
que ceux-ci fumaient en silence.
Pourtant, auprès de moi la pipe grésillait
lorsque la flamme avec l'aiguille se croisait
et dans la tiédeur aspirée qui mêlait
à la fumée laiteuse entrait dans l'homme
un bonheur statique, une porte au loin
s'ouvrant sur un vide au goût succulent:
l'opium était la fleur de la paresse,
le plaisir immobile,
la pure activité sans mouvement.


Tout était pur ou semblait l'être,
tout en glissant sur l'huile et les gonds
pour arriver à n'être plus rien qu'existence,
rien ne brûlait, nul ne pleurait,
les tourments ici n'avaient pas leur place,
il n'y avait pas de charbon pour la colère.


Je les regardai: pauvres gens déchus,
manoeuvres, coolies de ricksha ou de plantation,
trotteurs chétifs,
chiens de la rue,
pauvres gens malmenés.
Ici, après avoir blessés,
après avoir été non pas des êtres mais des pieds,
après avoir été non pas des hommes mais des bêtes de sommes
après avoir marché, marché, et sué et sué
et sué du sang et ne plus avoir d'âme,
ils étaient ici maintenant,
solidaires,
allongés,
eux, les gisants enfin, les pattes-dures:
chacun avec sa faim s'était payé
un droit obscur à ces délices,
songe ou mensonges, bonheur ou mort, ils se retrouvaient
enfin dans se repos que cherche toute vie,
et respectés enfin, sur une étoile.


(MEMORIAL DE L' ÎLE NOIRE II . Le lune dans le labyrinthe)

VINGT POÈMES D'AMOUR / une chanson désespérée


I

Corps de femme, blanches collines, cuisses blanches,
l'attitude du don te rend pareil au monde.
Mon corps de laboureur sauvage, de son soc
a fait jaillir le fils du profond de la terre.


je fus comme un tunnel. Déserté des oiseaux,
la nuit m'envahissait de toute sa puissance.
pour survivre j'ai dû te forger comme une arme
et tu es la flèche à mon arc, tu es la pierre dans ma fronde.


Mais passe l'heure de la vengeance, et je t'aime.
Corps de peau et de mousse, de lait avide et ferme.
Ah! le vase des seins! Ah! les yeux de l'absence!
ah! roses du pubis! ah! ta voix lente et triste!


Corps de femme, je persisterai dans ta grâce.
Ô soif, désir illimité, chemin sans but!
Courants obscurs où coule une soif éternelle
et la fatigue y coule, et l'infinie douleur.



II

La lumière t'enrobe en sa flamme mortelle.
Et pensive, pâle et dolente, tu t'appuies
contre le crépuscule et ses vieilles hélices
tournant autour de toi.


Muette, mon amie,
à cette heure des morts seule en la solitude,
emplie du feu vivant,
du jour détruit pure héritière.


Sur le noir de ta robe une grappe du jour,
et de la nuit les immenses racines
ont poussé d'un seul coup à partir de ton âme,
ce qui se cache en toi s'en retourne au dehors.
Un peuple pâle et bleu ainsi s'en alimente
et c'est de toi qu'il vient de naître.


Ô grandiose et féconde et magnétique esclave
de ce cercle alternant le noir et le doré
dressée, tente et parfais ta vive création
jusqu'à la mort des fleurs. Qu'en elle tout soit triste.



III


Immensité des pins, rumeur brisée des vagues,
contre le crépuscule et ses vieilles hélices
crépuscule tombant sur tes yeux de poupée,
coquillage terrestre, en toi la terre chante!


En toi chantent les fleuves et sur eux fuit mon âme
comme tu le désires et vers où tu le veux.
Trace-moi le chemin sur ton arc d'espérance
que je lâche en délire une volée de flèches.


Je vois autour de moi ta ceinture de brume,
mes heures poursuivies traquées par ton silence,
c'est en toi, en tes bras de pierre transparente
que mes baisers se sont ancrés, au nid de mon désir humide.


Ah! ta voix de mystère que teinte et plie l'amour
au soir retentissant et qui tombe en mourant!
Ainsi à l'heure sombre ai-je vu dans les champs
se plier les épis sous la bouche du vent.



IV


C'est le matin plein de tempête
au coeur de l'été.


Mouchoirs blancs de l'adieu, les nuages voltigent,
et le vent les secoue de ses mains voyageuses.


Innombrable, le coeur du vent
bat sur notre amoureux silence.


Orchestral et divin, bourdonnant dans les arbres,
comme une langue emplie de guerres et de chants.


Vent, rapide voleur qui enlève les feuilles,
et déviant la flèche battante des oiseaux,


les renverse dans une vague s'ans écume,
substance devenue sans poids, feux qui s'inclinent.


Volume de baisers englouti et brisé
que le vent de l'été vient combattre à la porte.



V


Pour que tu m'entendes
mes mots
parfois s'amenuisent
comme la trace des mouettes sur la plage.


Collier, grelot ivre
pour le raisin de tes mains douces.


Mes mots je les regarde et je les vois lointains.
Ils sont à toi bien plus qu'à moi.
Sur ma vieille douleur ils grimpent comme un lierre.


Ils grimpent sur les murs humides.
Et de ce jeu sanglant tu es seule coupable.


Ils sont en train de fuir de mon repaire obscur.
Et toi tu emplis tout, par toi tout est empli.


C'est eux qui ont peuplé le vide où tu t'installes,
ma tristesse est à eux plus qu'à toi familière.


Ils diront donc ici ce que je veux te dire,
et entends-les comme je veux que tu m'entendes.


Habituel, un vent angoissé les traîne encore
et parfois l'ouragan des songes les renverse.
Tu entends d'autres voix dans ma voix de douleur.
Pleurs de lèvres anciennes, sang de vieilles suppliques.
Ma compagne, aime-moi. Demeure là. Suis-moi.
Ma compagne, suis-moi, sur la vague d'angoisse.


Pourtant mes mots prennent couleur de ton amour.
Et toi tu emplis tout, par toi tout est empli.


Je fais de tous ces mots un collier infini
pour ta main blanche et douce ainsi que les raisins



VI


Je me souviens de toi telle que tu étais en ce dernier automne :
un simple béret gris avec le coeur en paix.
Dans tes yeux combattaient les feux du crépuscule.
Et les feuilles tombaient sur les eaux de ton âme.


Enroulée à mes bras comme un volubilis,
les feuilles recueillaient ta voix lente et paisible.
Un bûcher de stupeur où ma soif se consume.
Douce jacinthe bleue qui se tord sur mon âme.


je sens tes yeux qui vont et l'automne est distant :
béret gris, cris d'oiseau, coeur où l'on est chez soi
et vers eux émigraient mes désirs si profonds
et mes baisers tombaient joyeux comme des braises.


Le ciel vu d'un bateau. Les champs vus des collines :
lumière, étang de paix, fumée, ton souvenir.
Au-delà de tes yeux brûlaient les crépuscules.
Sur ton âme tournaient les feuilles de l'automne.



VII


Incliné sur les soirs je jette un filet triste
sur tes yeux d'océan.


Là, brûle écartelée sur le plus haut bûcher,
ma solitude aux bras battants comme un noyé.


Tes yeux absents, j'y fais des marques rouges
et ils ondoient comme la mer au pied d'un phare.


Ma femelle distante, agrippée aux ténèbres,
de ton regard surgit la côte de l'effroi.


Incliné sur les soirs je jette un filet triste
sur la mer qui secoue tes grands yeux d'océan.


Les oiseaux de la nuit picorent les étoiles
qui scintillent comme mon âme quand je t'aime.


Et la nuit galopant sur sa sombre jument
éparpille au hasard l'épi bleu sur les champs.



VIII


Abeille blanche, ivre de miel, toi qui bourdonnes dans mon âme,
tu te tords en lentes spirales de fumée.


je suis le désespéré, la parole sans écho,
celui qui a tout eu, et qui a tout perdu.


Dernière amarre, en toi craque mon anxiété dernière.
En mon désert tu es la rose ultime.


Ah ! silencieuse !


Ferme tes yeux profonds. La nuit y prend son vol.
Ah! dénude ton corps de craintive statue.


Tu as des yeux profonds où la nuit bat des ailes.
Et de frais bras de fleur et un giron de rose.


Et tes seins sont pareils à des escargots blancs.
Un papillon de nuit dort posé sur ton ventre.


Ah! silencieuse !


Voici la solitude et tu en es absente.
Il pleut. Le vent de mer chasse d'errantes mouettes.


L'eau marche les pieds nus par les routes mouillées.
Et la feuille de l'arbre geint, comme un malade.


Abeille blanche, absente, en moi ton bourdon dure.
Tu revis dans le temps, mince et silencieuse.


Ah ! silencieuse !



IX


Ivre de longs baisers, ivre des térébinthes,
je dirige, estival, le voilier des roses,
me penchant vers la mort de ce jour si ténu,
cimenté dans la frénésie ferme de la mer.


Blafard et amarré à mon eau dévorante
croisant dans l'aigre odeur du climat découvert,
encore revêtu de gris, de sons amers,
et d'un triste cimier d'écume abandonnée.

Je vais, dur, passionné, sur mon unique vague,
lunaire, brusque, ardent et froid, solaire,
et je m'endors d'un bloc sur la gorge des blanches
îles fortunées, douces comme des hanches fraîches.


Mon habit de baisers tremble en la nuit humide
follement agité d'électriques décharges,
d'hébraïque façon divisé par des songes
l'ivresse de la rose en moi s'est déployée.


En remontant les eaux, dans les vagues externes,
ton corps jumeau et qui se soumet dans mes bras
comme un poisson sans fin s'est collé à mon âme
rapide et lent dans cette énergie sous les cieux.



X


Nous avons encore perdu ce crépuscule
Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies
pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.


J'ai vu de ma fenêtre
la fête du couchant sur les coteaux lointains


Parfois, ainsi qu'une médaille
s'allumait un morceau de soleil dans mes mains.


Et je me souvenais de toi le coeur serré
triste de la tristesse à moi que tu connais.


Où étais-tu alors ?
Et parmi quelles gens ?
Quels mots prononçais-tu ?
Pourquoi peut me venir tout l'amour d'un seul coup,
lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?


Le livre a chu qu'on prend toujours au crépuscule,
ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.


Tu t'éloignes toujours et toujours dans le soir
vers où la nuit se hâte effaçant les statues.



XI


Presque en dehors du ciel, ancre entre deux montagnes,
le croissant de la lune.
Tournante, errante nuit, terrassière des yeux,
pour compter les étoiles dans la mare, en morceaux.


Elle est la croix de deuil entre mes sourcils, elle fuit. Forge de métaux bleus, nuits de lutte cachée,
tourne mon coeur, et c'est un volant fou.



Fille venue de loin, apportée de si loin,
son regard est parfois un éclair sous le ciel.
Incessante complainte et tempête tourbillonnant dans sa furie,
au-dessus de mon coeur passe sans t'arrêter.
Détruis, disperse, emporte, ô vent des sépultures, ta racine assoupie.
De l'autre côté d'elle arrache les grands arbres.
Mais toi, épi, question de fumée, fille claire.
La fille née du vent et des feuilles illuminées.
Par-delà les montagnes nocturnes, lis blanc de l'incendie
ah! je ne peux rien dire ! De toute chose elle était faite.


Couteau de l'anxiété qui partagea mon cœur
c'est l'heure de cheminer, sur un chemin sans son sourire.
Tempête, fossoyeur des cloches, trouble et nouvel essor de la tourmente,
Pourquoi la toucher, pourquoi l'attrister maintenant.


Ah! suivre le chemin qui s'éloigne de tout,
que ne fermeront pas la mort, l'hiver, l'angoisse
avec leurs yeux ouverts au coeur de la rosée



XII


À mon coeur suffit ta poitrine,
mes ailes pour ta liberté.
De ma bouche atteindra au ciel
tout ce qui dormait sur ton âme.


En toi l'illusion quotidienne.
Tu viens, rosée sur les corolles.
Absente et creusant l'horizon Tu t'enfuis, éternelle vague.


je l'ai dit : tu chantais au vent
comme les pins et les mâts des navires.
Tu es haute comme eux et comme eux taciturne.
Tu t'attristes soudain, comme fait un voyage.


Accueillante, pareille à un ancien chemin.
Des échos et des voix nostalgiques te peuplent.
À mon réveil parfois émigrent et s'en vont
des oiseaux qui s'étaient endormis dans ton âme.


XIII


J'ai marqué peu à peu l'atlas blanc de ton corps
avec des croix de flamme.
Ma bouche, une araignée qui traversait, furtive.
En toi, derrière toi, craintive et assoiffée.


Histoires à te raconter sur la berge du crépuscule
douce et triste poupée, pour chasser ta tristesse.
Quelque chose, arbre ou cygne, qui est lointain, joyeux.
Et le temps des raisins, mûr et porteur de fruits.


J'ai vécu dans un port et de là je t'aimais.
Solitude où passaient le songe et le silence.
Enfermé, enfermé entre mer et tristesse.
Silencieux, délirant, entre deux statues de gondoliers.


Entre les lèvres et la voix, quelque chose s'en va mourant.
Ailé comme l'oiseau, c'est angoisse et oubli.
Tout comme les filets ne retiennent pas l'eau.
Il ne reste, poupée, que des gouttes qui tremblent.
Pourtant un chant demeure au coeur des mots fugaces.
Un chant, un chant qui monte à mes lèvres avides.
Pouvoir te célébrer partout les mots de joie.
Chanter, brûler, s'enfuir, comme un clocher aux mains d'un fou.
Que deviens-tu soudain, ô ma triste tendresse ?
J'atteins le plus hardi des sommets, le plus froid,
et mon coeur se referme ainsi la fleur nocturne.



XIV


Ton jouet quotidien c'est la clarté du monde.
Visiteuse subtile, venue sur l'eau et sur la fleur.
Tu passas la blancheur de ce petit visage que je serre
entre mes mains, comme une grappe, chaque jour.


Et depuis mon amour tu es sans ressemblance.
Laisse-moi t'allonger sur des guirlandes jaunes.
Qui a écrit ton nom en lettres de fumée au coeur des étoiles du sud ?
Ah! laisse-moi te rappeler celle que tu étais alors,
quand tu n'existais pas encore.


Mais un vent soudain hurle et frappe à ma fenêtre.
Le ciel est un filet rempli d'obscurs poissons.
Ici viennent frapper tous les vents, ici, tous.
La pluie se déshabille.


Les oiseaux passent en fuyant.
Le vent. Le vent.
Je ne peux que lutter contre la force humaine.
Et la tempête a fait un tas des feuilles sombres
et détaché toutes les barques qu'hier soir amarra dans le ciel.


Mais toi tu es ici. Mais toi tu ne fuis pas.
Toi tu me répondras jusqu'à l'ultime cri.
Blottis-toi près de moi comme si tu craignais.
Mais parfois dans tes yeux passait une ombre étrange.


Maintenant, maintenant aussi, mon petit, tu m'apportes des chèvrefeuilles, ils parfument jusqu'à tes seins.
Quand le vent triste court en tuant des papillons
moi je t'aime et ma joie mord ta bouche de prune.


Qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi,
à mon âme seule et sauvage, à mon nom qui les fait tous fuir.
Tant de fois, nous baisant les yeux, nous avons vu brûler l'étoile
et se détordre sur nos têtes les éventails tournants des
crépuscules.


Mes mots pleuvaient sur toi ainsi que des caresses.
Depuis longtemps j'aimai ton corps de nacre et de soleil.
L'univers est à toi, voilà ce que je crois.
Je t'apporterai des montagnes la joie en fleur des copihués
avec des noisettes noires, des paniers de baisers sylvestres.


Je veux faire de toi
ce que fait le printemps avec les cerisiers.



XV


Ton silence m'enchante et ce semblant d'absence
quand tu m'entends de loin, sans que ma voix t'atteigne.
On dirait que tes yeux viennent de s'envoler,
on dirait qu'un baiser t'a refermé la bouche.


Comme tout ce qui est est empli de mon âme
tu émerges de tout, pleine de l'âme mienne.
Papillon inventé, tu ressembles à mon âme,
tu ressembles aussi au mot mélancolie.


Ton silence m'enchante et cet air d'être loin.
Tu te plains, dirait-on, roucoulant papillon.
Et tu m'entends de loin, sans que ma voix t'atteigne
laisse-moi faire silence dans ton silence.


Laisse-moi te parler aussi par ton silence
simple comme un anneau et clair comme une lampe.
Tu es comme la nuit, constellée, silencieuse.
Ton silence est d'étoile, aussi lointain et simple.


J'aime quand tu te tais car tu es comme absente.
Comme si tu mourrais, distante et douloureuse.
Il ne faut qu'un sourire, et un seul mot suffit
à me rendre joyeux : rien de cela n'était.


XVI


Paraphrase de Rabindranath Tagore.


Tu es au crépuscule un nuage dans mon ciel,
ta forme, ta couleur sont comme je les veux.
Tu es mienne, tu es mienne, ma femme à la lèvre douce
et mon songe infini s'établit dans ta vie.


La lampe de mon coeur met du rose à tes pieds
et mon vin d'amertume est plus doux sur tes lèvres,
moissonneuse de ma chanson crépusculaire,
tellement mienne dans mes songes solitaires


Tu es mienne, tu es mienne, et je le crie dans la brise
du soir, et le deuil de ma voix s'en va avec le vent.
Au profond de mes yeux tu chasses, ton butin
stagne comme les eaux de ton regard de nuit.


Tu es prise au filet de ma musique, amour,
aux mailles de mon chant larges comme le ciel.
Sur les bords de tes yeux de deuil mon âme est née.
Et le pays du songe avec ces yeux commence.



XVII


En pensant, en prenant des ombres au filet dans la solitude
profonde.
Toi aussi tu es loin, bien plus loin que personne.
Penseur, lâcheur d'oiseaux, images dissipées
et lampes enterrées.
Clocher de brumes, comme tu es loin, tout là-haut !
Étouffant le gémir,
taciturne meunier de la farine obscure de l'espoir,
la nuit s'en vient à toi, rampant, loin de la ville.


Ta présence a changé et m'est chose étrangère.
Je pense, longuement je parcours cette vie avant toi.
Ma vie avant personne, ma vie, mon âpre vie.
Le cri face à la mer, le cri au coeur des pierres,
en courant libre et fou, dans la buée de la mer.
Cri et triste furie, solitude marine.
Emballé, violent, élancé vers le ciel.


Toi, femme, qu'étais-tu alors ? Quelle lame, quelle branche
de cet immense éventail ? Aussi lointaine qu'à présent.
Incendie dans le bois ! Croix bleues de l'incendie.
Brûle, brûle et flamboie, pétille en arbres de lumière.
Il s'écroule et crépite. Incendie, incendie.


Blessée par des copeaux de feu mon âme danse.
Qui appelle? Quel silence peuplé d'échos ?
Heure de nostalgie, heure de l'allégresse, heure de solitude,
heure mienne entre toutes !
Trompe qui passe en chantant dans le vent.
Tant de passion des pleurs qui se noue à mon corps.


Toutes racines secouées,
toutes les vagues à l'assaut !
Et mon âme roulait, gaie, triste, interminable.


Pensées et lampes enterrées dans la profonde solitude.
Qui es-tu toi, qui es-tu ?


XVIII


Ici je t'aime.
Dans les pins obscurs le vent se démêle.
La lune resplendit sur les eaux vagabondes.
Des jours égaux marchent et se poursuivent.


Le brouillard en dansant qui dénoue sa ceinture.
Une mouette d'argent du couchant se décroche.
Une voile parfois. Haut, très haut, les étoiles.


Ô la croix noire d'un bateau.
Seul.
Le jour parfois se lève en moi, et même mon âme est humide.
La mer au loin sonne et résonne.
Voici un port.
Ici je t'aime.


Ici je t'aime. En vain te cache l'horizon.
Tu restes mon amour parmi ces froides choses.
Parfois mes baisers vont sur ces graves bateaux
qui courent sur la mer au but jamais atteint.
Suis-je oublié déjà comme ces vieilles ancres.
Abordé par le soir le quai devient plus triste.


Et ma vie est lassée de sa faim inutile.
J'aime tout ce que je n'ai pas. Et toi comme tu es loin.


Mon ennui se débat dans les lents crépuscules.
Il vient pourtant la nuit qui chantera pour moi.
La lune fait tourner ses rouages de songe.


Avec tes yeux me voient les étoiles majeures.
Pliés à mon amour, les pins dans le vent veulent
chanter ton nom avec leurs aiguilles de fer.


XIX


Fille brune, fille agile, le soleil qui fait les fruits,
qui alourdit les blés et tourmente les algues,
a fait ton corps joyeux et tes yeux lumineux
et ta bouche qui a le sourire de l'eau.


Noir, anxieux, un soleil s'est enroulé aux fils
de ta crinière noire, et toi tu étires les bras.
Et tu joues avec lui comme avec un ruisseau,
qui laisse dans tes yeux deux sombres eaux dormantes.


Fille brune, fille agile, rien ne me rapproche de toi.
Tout m'éloigne de toi, comme du plein midi.
Tu es la délirante enfance de l'abeille,
la force de l'épi, l'ivresse de la vague.


Mon coeur sombre pourtant te cherche,
J'aime ton corps joyeux et ta voix libre et mince.
Ô mon papillon brun, doux et définitif,
tu es blés et soleil eau et coquelicot.


XX


Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.


Écrire, par exemple : " La nuit est étoilée
et les astres d'azur tremblent dans le lointain. "


Le vent de la nuit tourne dans le ciel et chante.


Je puis écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Je l'aimais, et parfois elle aussi elle m'aima.


Les nuits comme cette nuit, je l'avais entre mes bras.
Je l'embrassai tant de fois sous le ciel, ciel infini.


Elle m'aima, et parfois moi aussi je l'ai aimée.
Comment n'aimerait-on pas ses grands yeux, ses grands yeux fixes.


Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Penser que je ne l'ai pas. Regretter l'avoir perdue.


Entendre la nuit immense, et plus immense sans elle.
Et le vers tombe dans l'âme comme la rosée dans l'herbe.


Qu'importe que mon amour n'ait pas pu la retenir.
La nuit est pleine d'étoiles, elle n'est pas avec moi.


Voilà tout. Au loin on chante. C'est au loin.
Et mon âme est mécontente parce que je l'ai perdue.


Comme pour la rapprocher, c'est mon regard qui la cherche.
Et mon coeur aussi la cherche, elle n'est pas avec moi.


Et c'est bien la même nuit qui blanchit les mêmes arbres.
Mais nous autres, ceux d'alors, nous ne sommes plus les mêmes.


je ne l'aime plus, c'est vrai. Pourtant, combien je l'aimais.
Ma voix appelait le vent pour aller à son oreille.


À un autre. A un autre elle sera. Ainsi qu'avant mes baisers.
Avec sa voix, son corps clair. Avec ses yeux infinis.


je ne l'aime plus, c'est vrai, pourtant, peut-être je l'aime.
Il est si bref l'amour et l'oubli est si long.


C'était en des nuits pareilles, je l'avais entre mes bras
et mon âme est mécontente parce que je l'ai perdue.


Même si cette douleur est la dernière par elle
et même si ce poème est les derniers vers pour elle.






UNE CHANSON DÉSESPÉRÉE


Ton souvenir surgit de la nuit où je suis.
La rivière à la mer noue sa plainte obstinée.


Abandonné comme les quais dans le matin.
C'est l'heure de partir, ô toi l'abandonné !


Des corolles tombant, pluie oi e sur mon coeur.
Ô sentine de décombres, grotte féroce au naufragé !


En toi se sont accumulés avec les guerres les envols.
Les oiseaux de mon chant de toi prirent essor.


Tu as tout englouti, comme fait le lointain.
Comme la mer, comme le temps. Et tout en toi fut un naufrage !


De l'assaut, du baiser c'était l'heure joyeuse.
lueur de la stupeur qui brûlait comme un phare.


Anxiété de pilote et furie de plongeur aveugle,
trouble ivresse d'amour, tout en toi fut naufrage !


Mon âme ailée, blessée, dans l'enfance de brume.
Explorateur perdu, tout en toi fut naufrage !


Tu enlaças la douleur, tu t'accrochas au désir.
La tristesse te renversa et tout en toi fut un naufrage !


Mais j'ai fait reculer la muraille de l'ombre,
j'ai marché au-delà du désir et de l'acte.


Ô ma chair, chair de la femme aimée, de la femme perdue,
je t'évoque et je fais de toi un chant à l'heure humide.


Tu reçus l'infinie tendresse comme un vase,
et l'oubli infini te brisa comme un vase.


Dans la noire, la noire solitude des îles,
c'est là, femme d'amour, que tes bras m'accueillirent.


C'était la soif, la faim, et toi tu fus le fruit.
C'était le deuil, les ruines et tu fus le miracle.


Femme, femme, comment as-tu pu m'enfermer
dans la croix de tes bras, la terre de ton âme.


Mon désir de toi fut le plus terrible et le plus court,
le plus désordonné, ivre, tendu, avide.


Cimetière de baisers, dans tes tombes survit le feu,
et becquetée d'oiseaux la grappe brûle encore.


Ô la bouche mordue, ô les membres baisés,
ô les dents affamées, ô les corps enlacés.


Furieux accouplement de l'espoir et l'effort
qui nous noua tous deux et nous désespéra.


La tendresse, son eau, sa farine légère.
Et le mot commencé à peine sur les lèvres.


Ce fut là le destin où allait mon désir,
où mon désir tomba, tout en toi fut naufrage!


Ô sentine de décombres, tout est retombé sur toi,
toute la douleur tu l'as dite et toute la douleur t'étouffe.


De tombe en tombe encore tu brûlas et chantas.
Debout comme un marin à la proue d'un navire.


Et tu as fleuri dans des chants, tu t'es brisé dans des courants.
Ô sentine de décombres, puits ouvert de l'amertume.


Plongeur aveugle et pâle, infortuné frondeur,
explorateur perdu, tout en toi fut naufrage !


C'est l'heure de partir, c'est l'heure dure et froide
que la nuit toujours fixe à la suite des heures.


La mer fait aux rochers sa ceinture de bruit.
Froide l'étoile monte et noir l'oiseau émigre.


Abandonné comme les quais dans le matin.
Et seule dans mes mains se tord l'ombre tremblante.


Oui, bien plus loin que tout. Combien plus loin que tout.


C'est l'heure de partir. Ô toi l'abandonné.










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CAHIERS DE TEMUCO (1919-1920)

vendredi, juin 18 2010

Mon coeur

Mon cœur


Après temps de malheur,
Je ne croyais plus au bonheur,
Je croyais, avoir aimé,
Et ne plus l’être à jamais,
Mais je ne savais pas,
Qu’au fond de mon cœur,
Dormait tant de douceur.
La vie m’avait aigri,
Le ciel était gris,
Pensant que l’on m’avait tout pris,
Mais, il restait le meilleur.
Arrivé comme un planeur,
J’ai retrouvé mon seigneur,
Plus de pleurs, plus de malheur,
Il m’offrirai que le meilleur.
Il m’a pris mon cœur,
De ses yeux enjôleurs,
Pour m’emmener ailleurs,
Vivre que de bonheur.
Ces quelques mots,
Dont je suis l’auteure,
Émanent de mon cœur
J’aurai aimé, te les souffler en douceur,
Mais je te les offre par porteur.
Je ne veux pour toi, que le meilleur,
Car tu es monseigneur,
Et je ne veux plus vivre ailleurs,
Qu’au fond de ton cœur.
Ne laissons pas entrer, toute forme de malheur,
Gardons notre douceur et notre chaleur,
Nourrir notre cœur.
Ton sourire ravageur, éclaire mon cœur,
Je ne suis pas d’humeur à me mettre au labeur,
Alors je laisse mon cœur décrire mon bonheur.


Angélina BERGERON
AB CONSEILS & SERVICES
angelinabergeron@gmail.com

dimanche, janvier 24 2010

Saint Valentin

Saint Valentin


L’amour, ce sentiment si beau à vivre, à imaginer, à souhaiter ou même à rêver. C’est un royaume où il n’y a ni roi, ni couronne, ni esclave, ni chaînes. L’amour, c’est cet ange qui nous vient d’en ne sait où, nous pénètre sans nous aviser. Il ne frappe jamais à la porte, et entre sans permission. Il est bon, doux, fait rêver et change tout. Il est rebelle, repousse les barrières, ne connaît pas les frontières, les couleurs et le temps. Il n’a pas d’âge, on le vit à tout âge. Dans chaque coin de la terre, un nouveau couple naît à chaque minute qui passe.

Que de couples, l’histoire nous a rapporté. Ils se sont aimés à en mourir. Même si le sentiment est le même, à chacun son histoire, sa place sur ce globe, sa culture et l’époque qu’il a vécue.

Le sentiment est le même, l’appellation change d’une culture à une autre, les histoires sont toujours récentes, en dépit du temps qui passe. On les célèbre pour mieux les vivre encore et encore. Ces couples amoureux sont une référence, on se compare à eux, on veut même les dépasser d’un cran.

Des parents de l’humanité Adam et Ève, Ahcène Mariche a revisité certaines époques avec leurs amoureux et a fait escale, à l’occasion de la Saint Valentin ; chez Valentin et Valentine, Roméo et Juliette, Antar et Abla, Saiyed et Hiziya, Chabane et Drifa Ujajih, Lhesnaoui et Fadhma, et nous fait découvrir la plus récente histoire entre Ahcène et Zivka, et nous livre sont poème « Sidi-Valentin ».





Saint Valentin


 Vivement le quatorze février,


 C’est la fête des amoureux !


 Chacun le vit en aventurier,


 En compagnie de l’allié bien heureux,


 C’est devenu des lors coutumier,


 Chez Valentin et Valentine tous deux.





 Chacun d’eux, empruntant son chemin,


 A la recherche d’un objectif.


 Ils finiront par trouver un dessein


 Qui prouvera l’amour décisif.


 Jeunes et vieux, dans le même bain.


 Poussés par ce vent attractif


 Et sérieusement touchés par le chagrin.





 Pour en cueillir des fleurs,


 Nous dégringolons les prairies.


 Tous, nous sèmerons dans les cœurs,


 La tendresse, point de jalousie.


 L’amour est un bienfaiteur,


 La guerre n’est que tragédie.





 Combien de siècles se sont écoulés,


 Que l’histoire, à présent, a réunis.


 Ils sont, au fond de l’amour, plantés,


 Epris, ils ont fait l’objet d’un récit ;


 Combien de cas pareils, éprouvés,


 Que nos mémoires relatent en série.





 Antar et Abla sont un conte,


 Chabane et Dhrifa Oujajih aussi.


 De Qeïs et Leïla, on raconte,


 Ainsi que de Roméo et Juliette unis.


 Que Said et Hizya ne déchantent,


 Symbole des nomades en furie.


 Quant à l’histoire toute récente,


 C’est bien celle de Fadhma et L’Hesnaoui.


 Celle d’Ahcène et Zivka représente


 Un mythe naissant ces jours-ci.





 L’histoire de Van Gogh est légendaire,


 Il ne s’est jamais produit de pareille.


 Il se croit tellement déplaire,


 Que sur lui, sa bien aimée ne veille.


 Une fois ses requêtes ne sont plus salutaires,


 Il décida de trancher son oreille.





 Chacun formule des vœux préférés,


 Le choix pour eux n’est guère difficile.


 Quant à moi mes frères, je suis troublé,


 Qui peut me servir de témoin utile ?


 Toute chose sur laquelle mon regard s’est posé,


 Se métamorphose de suite et devient futile,


 Ou bien, à mes yeux, s’avère insensée!





 J’ai trié avec soin des merveilles,


 Que j’ai destiné à ma bien aimée.


 Dans une main, une fleur sans pareille,


 Avec l’autre, quelques vers que j’ai rimés.


 Sur du papier, je calquerai sa beauté vermeille,


 Avec de l’argile, je ferai son portrait.


 Sur ses genoux, je viderai ma corbeille,


 J’ai des choses à dire, le temps me le permet.


 Mon amour, je l’étalerai en plein soleil,


 En scénario, je l’adapterai,


 Et nos rôles ne seront que merveilles !



 C’est le quinze Février,


 Nous sommes rentrés dans l’histoire.


 On est à présent identifié


 Et doté d’un nom évocatoire,


 Ce qui était dans l’ombre est maintenant étalé,


 Ayez Ahcène et Zivka en mémoire.



 Je te prie Saint Valentin


 Je te prie Sainte Valentine


 Je te prie, toi Qeïs,


 Je te prie, toi Leïla


 Je te prie, toi El Hasnaoui.


 Je te prie, toi Fadhma


 Je te prie, toi Said,


 Je te prie, toi Hizya


 Je te prie, toi Chabane,


 Je te prie, toi Dhrifa,


 Je te prie, toi Roméo


 Je te prie, toi Juliette.


 Nous nous joignons à vous,


 Épargnez-nous le ridicule.


 Vous avez souffert beaucoup,


 A présent, nous aussi, on brûle.


 On est montré du doigt tel un loup,


 Qui dirait un criminel ou une crapule.


 Du pan de votre manteau, couvrez-nous,


 En vous, les bénédictions pullulent.


 De grâce, de grâce, protégez-nous,


 Que de Baraka, votre âme dissimule.



Ahcène MARICHE



www.ahcenemariche.net


http://ahcenemariche.centerblog.net

dimanche, mars 22 2009

Ma seule amour

Ma seule amour

Ma seule amour, ma joye et ma maistresse,
Puisqu'il me fault loing de vous demorer,
Je n'ay plus riens, à me reconforter,
Qu'un souvenir pour retenir lyesse.

En allegant, par Espoir, ma destresse,
Me couvendra le temps ainsi passer,
Ma seule amour, ma joye et ma maistresse,
Puisqu'il me fault loing de vous demorer

Car mon las cueur, bien garny de tristesse,
S'en est voulu avecques vous aler,
Ne je ne puis jamais le recouvrer,
Jusques verray vostre belle jeunesse,
Ma seule amour, ma joye et ma maistresse.

(poème de Charles d’Orleans 1394 - 1465)

jeudi, février 26 2009

Les fautes sont grandes...

Les fautes sont grandes quand l'amour est petit.

Proverbe italien

samedi, février 21 2009

l'essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l'existence : le poétique

Martinique Guadeloupe Guyane Réunion
Ernest BRELEUR
Patrick CHAMOISEAU
Serge DOMI
Gérard DELVER
Edouard GLISSANT

Guillaume PIGEARD DE GURBERT
Olivier PORTECOP
Olivier PULVAR
Jean-Claude WILLIAM
Manifeste pour les “produits” de haute nécessité

" Au moment où le maître, le colonisateur proclament " il n'y a jamais eu de peuple ici ", le peuple qui manque est un devenir, il s'invente, dans les bidonvilles et les camps, ou bien dans les ghettos, dans de nouvelles conditions de lutte auxquelles un art nécessairement politique doit contribuer
Gilles Deleuze
L'image-temps
Cela ne peut signifier qu'une chose : non pas qu'il n'y a pas de route pour en sortir, mais que l'heure est venue d'abandonner toutes les vieilles routes.
Aimé Césaire
Lettre à Maurice Thorez

C'est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s'est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion.
Aucune de nos revendications n'est illégitime. Aucune n'est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu'elle représente, ni dans ce qu'elle implique en relation avec l'ensemble des autres revendications.
Car la force de ce mouvement est d'avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu'alors s'était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle - à savoir les luttes jusqu'alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales...

Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj - qui est d'allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé - est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d'ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l'on peut saisir l'impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.
Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent.

Dès lors, derrière le prosaïque du " pouvoir d'achat " ou du " panier de la ménagère ", se profile l'essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l'existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s'articule entre, d'un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l'autre, l'aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d'honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d'amour, de temps libre affecté à l'accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivrepour- soi n'ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons. La " hausse des prix " ou " la vie chère " ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d'une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s'est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires - non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte " d'épuration éthique ” (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain. Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être " consommateur " ou bien être " producteur ". Le consommateur ( Cf. - Jean-Claude Michéa - L'Empire du moindre mal. Coll. Climats - 2007 - Ed Flammarion.) ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l'unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L'ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l'économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste.

Alors, quand le " prosaïque " n'ouvre pas aux élévations du " poétique ", quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont " le pouvoir d'achat " ou " le panier de la ménagère ". Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d'une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d'escorter les " produits de premières nécessités ", d'une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d'une " haute nécessité ".

Par cette idée de " haute nécessité ", nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en oeuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d'achat, relève d'une exigence existentielle réelle, d'un appel très profond au plus noble de la vie.

Alors que mettre dans ces " produits " de haute nécessité ? C'est tout ce qui constitue le coeur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d'entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd'hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.

D'abord, il ne saurait y avoir d'avancées sociales qui se contenteraient d'elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s'est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l'absence de pouvoir qui lui sert d'ossature. Le " déterminant " ou bien le " décisif " s'obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n'arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L'éloignement, l'aveuglement et la déformation président aux analyses. L'imbroglio des pseudos pouvoirs Région- Département-Préfet, tout comme cette chose qu'est l'association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s'est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos " présidents locaux " pour s'en aller mander ailleurs. Hélas, toute victoire sociale qui s'obtiendrait ainsi (dans ce bond pardessus nous-mêmes), et qui s'arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.

Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d'acquiescer aux sous-traitances. La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu'une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l'accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d'une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement... Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l'autre, confiance réduite en soi... La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C'est dans l'irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c'est dans la responsabilité que se trouve l'invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C'est dans la responsabilité que l'échec ou l'impuissance devient un lieu d'expérience véritable et de maturation. C'est en responsabilité que l'on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l'essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.
Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s'est étendu à l'ensemble de la planète avec la force aveugle d'une religion.
Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C'est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres. Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l'insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l'immédiat ; mais l'illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du " Marché " et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par " l'esprit colonial " et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l'octroi de mer, ne sauraient endiguer. Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L'autre très haute nécessité est ensuite de s'inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n'est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d'un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d'une société non économique, où l'idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d'épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l'humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables " producteurs " - chefs d'entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes - incapables de tressaillements en face d'un sursaut de souffrance et de l'impérieuse nécessité d'un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n'existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d'un système flou, globalisé, qu'il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu'il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l'élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l'ampleur du poétique.

On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.
On peut renvoyer la SARA (Société Anonyme de Raffinerie des Antilles) et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.
On peut endiguer les agences de l'eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d'un trésor qui appartient à tous.

On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd'hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile...) ne sauraient ni ne pourraient y résister. Enfin, sur la question des salaires et de l'emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu'il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d'oeuvre. Quand il délocalise, ce n'est pas dans la recherche d'une main d'oeuvre abondante, mais dans le souci d'un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n'est donc en rien illégitime : c'est le début d'une équité qui doit se faire mondiale.
Quant à l'idée du " plein emploi ", elle nous a été clouée dans l'imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l'ont accompagnée. Le travail à l'origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d'ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu'il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple " emploi ", et l'unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s'est mis à n'ouvrir qu'à la consommation.

Nous sommes maintenant au fond du gouffre. Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu'il redevienne un lieu d'accomplissement, d'invention sociale et de construction de soi, ou alors qu'il en soit un outil secondaire parmi d'autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeurtravail en une sorte d'arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu'à l'équation d'une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s'envisagera dans ce qu'il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu'il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement... Il s'envisagera en " tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue ".
Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l'ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l'étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création - créaconsommation.
En valeur poétique, il n'existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l'infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.

Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l'imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l'esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l'artisanat, la culture et l'agriculture... Qu'il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation... Qu'il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu'il favorise tout ce qui permet d'entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde... C'est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l'ampleur des exceptions. C'est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire... C'est le gratuit en son principe qui devrait s'installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes...

Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu'à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un " panier de ménagère ", mais le souci démultiplié d'une plénitude de l'idée de l'humain.

Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.
Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, se prolongent et s'ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.
An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l'utopie. Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du " Marché ", mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l'instrumentalisant de la manière la plus étroite.
Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l'individu, sa relation à l'Autre, au centre d'un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.

C'est le gratuit en son principe qui devrait s'installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes.

Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l'assistanat, en nous inscrivant résolument dans l'épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d'un rapport écologique global aux équilibres de la planète.... Alors voici notre vision : Petits pays, soudain au coeur nouveau du monde, soudain immenses d'être les premiers exemples de sociétés postcapitalistes, capables de mettre en oeuvre un épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale plénitude du vivant...

Ernest BRELEUR
Patrick CHAMOISEAU
Serge DOMI
Gérard DELVER
Edouard GLISSANT
Guillaume PIGEARD DE GURBERT
Olivier PORTECOP
Olivier PULVAR
Jean-Claude WILLIAM

pour les “produits” de haute nécessité
MANIFESTE
C o n c e p t i o n * L a u D r e

jeudi, février 12 2009

c'est beau la vie

Le vent dans tes cheveux blonds
Le soleil à l'horizon
Quelques mots d'une chanson
Que c'est beau, c'est beau la vie

Un oiseau qui fait la roue
Sur un arbre déjà roux
Et son cri par-dessus tout
Que c'est beau, c'est beau la vie

Tout ce qui tremble et palpite
Tout ce qui lutte et se bat
Tout ce que j'ai cru trop vite
À jamais perdu pour moi

Pouvoir encore regarder
Pouvoir encore écouter
Et surtout pouvoir chanter
Que c'est beau, c'est beau la vie

Le jazz ouvert dans la nuit
Sa trompette qui nous suit
Dans une rue de Paris
Que c'est beau, c'est beau la vie

La rouge fleur éclatée
D'un néon qui fait trembler
Nos deux ombres étonnées
Que c'est beau, c'est beau la vie

Tout ce que j'ai failli perdre
Tout ce qui m'est redonné
Aujourd'hui me monte aux lèvres
En cette fin de journée

Pouvoir encore partager
Ma jeunesse, mes idées
Avec l'amour retrouvé
Que c'est beau, c'est beau la vie

Pouvoir encore te parler
Pouvoir encore t'embrasser
Te le dire et le chanter
Oui c'est beau, c'est beau la vie

Jean Ferrat
C'EST BEAU LA VIE
Paroles: Claude Delecluse, Michelle Senlis, musique: Jean Ferrat

dimanche, février 8 2009

je t'aime

"Je t'aime" en plus de 350 langues :
Dire, "je t'aime !" en :

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vendredi, février 6 2009

Saint-Valentin rime à rien

Pour nous c'est la fête
Tous les jours pour toujours
On est juste pompette
C'est vraiment par amour

Pourquoi marquer le coup
Un seul jour dans l'an
Un baiser dans le cou
Nous appelle tout le temps

S'il faut vraiment célébrer
Cette fête des amoureux
S'en tenir au calendrier
Suffit juste un peu

Nous sommes main dans la main
Et le bonheur exhaussé
Les jours glissent sans destin
L'amour on l'a déjà trouvé

Valentin tous les jours
Quel présent peut nous combler
Le cadeau c'est notre amour
Nous de sentiments assoiffés


zoran.tempete

samedi, janvier 31 2009

Saint-Valentin, fête des amoureux

Le jour des amoureux, de l'amour ? Celui où le plus beau cadeau est un poème d'amour, un poeme de saint-valentin ...
D'où vient cette tradition ?

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lundi, janvier 26 2009

La mesure de l'amour

"La mesure de l'amour c'est d'aimer sans mesure."

Saint Augustin

samedi, janvier 24 2009

Réduction du Temps de l'Amour

Je sais, je t'aime un peu moins.
Mais voilà,c'est pour toujours.
Nos sourires dans le moindre recoin
Parent nos lèvres en bel atour.

Tu sais, même à brûle-pourpoint,
Mon amour est au couché du jour.
La nuit des mots qu'il ne faut point
Taire sans faire de grands détours.

Je sais, nous revenons de loin.
Toutes nos histoires d'amour
Vécues, souvent en mal-en-point
Nous taraudent comme un vautour.

Tu sais, le chaume et le foin
Ont couverts nos ébats de tambour.
Ses saisons venant du lointain
Passé avant le compte à rebours.

Je sais, nous avions très faim.
La recette, d'abord aux petits soins
Se consomme en contrepoint
Du présent en nos cœurs atteints.

Tu sais, il faut aimer à point,
Sans trop de points de non-retour.
Calmer nos envies et grands besoins.
Se réduit le temps de l'amour ?

zoran.tempete

dimanche, janvier 18 2009

film : Un baiser s'il vous plaît

Pour inaugurer cette nouvelle catégorie "film d'amour", consacrée à l'amour au (du ?) cinéma (non, SUR l'écran !) : "Un baiser s'il vous plaît"



En déplacement pour un soir à Nantes, Emilie rencontre Gabriel. Séduits l'un par l'autre, mais ayant déjà chacun une vie, ils savent qu'ils ne se reverront sans doute jamais. Il aimerait l'embrasser. Elle aussi, mais une histoire l'en empêche : celle d'une femme mariée et de son meilleur ami surpris par les effets d'un baiser. Un baiser qui aurait dû être sans conséquences...



Date de sortie : 12 Décembre 2007 Réalisé par Emmanuel Mouret Avec Emmanuel Mouret, Virginie Ledoyen, Julie Gayet Film français. Genre : Comédie, Romance Durée : 1h 40min. Année de production : 2007 Distribué par TFM Distribution

jeudi, janvier 8 2009

Emotions

Grain satin et soyeux de ta peau
me donnent frissons, douceur exquise.
Quand mes mains, ma langue, ma bouche,
de ton corps proie soumise,
se repaissent à ne plus faim !

Découvrir tes endroits les plus secrets,
endroits interdits aux étrangers.
Tu es ma Terre, je suis ton roi,
prêts à querelle si l'on t'ôte à moi.

Tes courbes sont comme océans et mers à dompter,
telle une Armada je m'y lance à naviguer.
Mouvements de tes hanches, comme flots déchaînés,
m'enfoncent en toi, pour m'y noyer.

Découvrir tes endroits les plus secrets,
endroits interdits aux étrangers.
Tu es la Mer, je suis ton roi,
comme Poseidon vivant en toi.

A ta fontaine d'Amour je veux m'arrêter,
pour y déposer un doux et long baiser.
Y assouvir ma soif de désir,
en buvant ton hydromel du jouir.

Découvrir tes endroits les plus secrets,
endroits interdits aux étrangers.
Tu es fontaine de l'Amour,
je m'y baigne comme aux beaux jours... Mon Amour.

sweetgen (sweetgen@laposte.net) - 01/2009

mercredi, janvier 7 2009

un je-ne-sais-quoi...

"L'amour est un je-ne-sais-quoi, qui viens de je-ne-sais-où, et qui finit je-ne-sais-quand."

Mlle de Scudery

paresseux ?

"L'amour est l'affaire du paresseux, mais la paresse de l'occupé."

Bulwer-Lytton, Rienzi.

mercredi, décembre 31 2008

A Suzanne, ma femme, flamme qui brûle dans mon coeur...

(Leonard Cohen) adaptation française Graeme Allwright, chanté par Alain Bashung

Suzanne t'emmène écouter les sirènes
Elle te prend par la main
Pour passer une nuit sans fin
Tu sais qu'elle est à moitié folle
C'est pourquoi tu veux rester
Sur un plateau d'argent
Elle te sert du thé au jasmin
Et quand tu voudrais lui dire
Tu n'as pas d'amour pour elle
Elle t'appelle dans ses ondes
Et laisse la mer répondre
Que depuis toujours tu l'aimes

Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n'as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une flamme brûle dans ton cœur

Il était un pêcheur venu sur la terre
Qui a veillé très longtemps
Du haut d'une tour solitaire
Quand il a compris que seuls
Les hommes perdus le voyaient
Il a dit qu'on voguerait
Jusqu'à ce que les vagues nous libèrent
Mais lui-même fut brisé
Bien avant que le ciel s'ouvre
Délaissé et presqu'un homme
Il a coulé sous votre sagesse
Comme une pierre

Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n'as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une flamme brûle dans ton cœur

Suzanne t'emmène écouter les sirènes
Elle te prend par la main
Pour passer une nuit sans fin
Comme du miel, le soleil coule
Sur Notre Dame des Pleurs
Elle te montre où chercher
Parmi les déchets et les fleurs
Dans les algues, il y a des rêves
Des enfants au petit matin
Qui se penchent vers l'amour
Ils se penchent comme ça toujours
Et Suzanne tient le miroir

Tu veux rester à ses côtés
Maintenant, tu n'as plus peur
De voyager les yeux fermés
Une blessure étrange dans ton cœur.


Suzanne



Bonne année Suzanne.

Yves.

jeudi, décembre 25 2008

Crimes et délits

"En amour, il n'y a ni crimes ni délits. Il y a des fautes de goût."

Paul Geraldy, L'Homme et l'Amour.

Une fumée...

"L'amour est une fumée faite de la vapeur des soupirs."

Shakespeare, Roméo et Juliette.

Ecoute moi

Ecoutes-moi…

Accepte ma tendresse.
Pour effacer toute cette tristesse.
Celle qui habite ton cœur.
Pour qu’un jour tu retrouves le bonheur.

J’ai vécu ce que tu ressens.
Mon cœur a lui aussi été brisé bien souvent.
Mais même quand tout devient noir.
Il y a toujours une lueur d’espoir.

Ne mets pas ton cœur en grève.
Laisse-le battre pour tous tes rêves.
Vouloir te fermer à l’amour.
Tu risques de le regretter un jour.

Je souhaite que ces quelques mots.
Apportent un jour à ton coeur le repos.
Qu’ils anéantissent les douleurs du passé.
Et que tu retrouves le goût d’aimer.

Je sais que tu ne veux pas m’entendre.
Car tu as encore trop mal pour le comprendre.
Je t’en prie ne nourris pas cette haine en toi.
Je suis ton amie, écoutes-moi.

Sharkane

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